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Comprendre la guerre civile en Ethiopie

  • Photo du rédacteur: Jordan Grondin
    Jordan Grondin
  • 14 déc. 2021
  • 4 min de lecture

Dernière mise à jour : 4 janv. 2022


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Depuis début novembre, un conflit opposant le pouvoir central Ethiopien à la région rebelle du Tigré fait rage. Quelles en sont les origines ? Quels sont les enjeux ? Mais surtout, pourquoi la communauté internationale n’intervient pas ? C’est ce que nous allons voir.


Qu’est-ce que le Tigré ?


Situé au nord du pays, le Tigré est l’une des dix régions d’Ethiopie dans laquelle vivent plus de 5 millions d’habitants. L’une des particularités du territoire éthiopien est que les différentes régions correspondent plus ou moins aux différentes ethnies qui le peuplent. C’est donc tout naturellement que la région du Tigré est composée très majoritairement de Tigréens. Nous retiendrons par ailleurs sa position géographique particulière, puisque cette région se situe à la frontière des territoires soudanais et érythréen. Cette position géographique est importante, lorsque l’on sait que plus de 50% de la population érythréenne est tigréenne.


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Pour mieux comprendre le problème actuel, il faut savoir que l’Éthiopie fonctionne comme un État fédéral, puisque ses régions disposent chacune d’une très forte autonomie. Le Tigré ne faisant pas exception, la région possède donc son propre gouvernement, et un système judiciaire qui lui est propre.


Quelle a été l’origine du conflit et comment se déroule-t-il ?


C’est lors des élections remportées par Abyi Ahmed que les relations entre la région du Tigré et le gouvernement fédéral ont commencé à se dégrader. Celui-ci souhaitait en effet que toutes les ethnies du pays soient représentées au sein de son parti politique et des instances dirigeantes, et a donc donné le sentiment à certains tigréens, disposant d’une grande influence, de les écarter du pouvoir. Ces derniers ont alors exprimé leur mécontentement, avançant que le chef du gouvernement, issu de l’ethnie des Oromos, leur prenait ce qui était censé - selon eux - leur revenir de droit.


C’est donc suite à cette situation que le FLPT (Front de Libération du Peuple de Tigré), qui est la principale formation politique du Tigré, se place en opposition au gouvernement du pays, pour finalement basculer dans le séparatisme au mois d’août 2020, suite à l’annonce du report des élections législatives pour cause de pandémie. Ces élections ont d’ailleurs quand même eut lieu au Tigré, et se sont soldées par la victoire du FLPT.


En représailles de ce maintien des élections, les aides fédérales destinées à la région ont considérablement été réduites, menant là encore à une escalade des tensions. C’est finalement le 4 novembre que le FLPT attaque une caserne militaire éthiopienne à Mekele - la capitale du Tigré - afin d’y récupérer du matériel militaire.


S’ensuivent alors des bombardements de la part du gouvernement fédéral, qui finit par décréter l’état d’urgence. Les jours suivants, le gouvernement gagne finalement peu à peu du terrain, pour enfin poser un ultimatum au FLPT, le 21 novembre. Le principe est simple : les rebelles ont trois jours pour déposer les armes et quitter la ville avec les 500.000 habitants, si ces derniers ne veulent pas connaître la répression destinée aux rebelles.


C’est finalement le 28 novembre, après deux jours d’offensive, qu’Abyi Ahmed annonce que Mekele a été reprise aux forces rebelles, et que la situation est désormais sous contrôle.


Quels sont les enjeux d’un tel conflit pour le pays ?


Le pays est depuis plusieurs décennies en conflit avec l’Erythrée - avec qui elle partage une frontière au nord du pays - et la communauté internationale craint un regain de tensions entre les deux pays, qui avaient joué l’apaisement ces dernières années.


En effet, le Premier ministre Abyi Ahmed avait signé un traité en 2018, normalisant les relations entre les deux pays, lui permettant par ailleurs d’obtenir le prix Nobel de la paix en 2019. Néanmoins, les relations demeurent fragiles, comme peut en témoigner la guerre opposant les deux pays de 1998 à 2000, qui ne s’était d’ailleurs pas soldée par la signature d’un traité de paix.


De fait, les tirs de roquette, effectués par le FLPT sur le territoire érythréen au cours du conflit, pourraient raviver des tensions entre les deux puissances africaines. Le FLPT est par ailleurs également accusé d’utiliser ce conflit pour couvrir des crimes de guerre contre des minorités ethniques au sein même de la région tigréenne, puisque des tirs de roquette ont également été signalés sur le territoire des Amharas, une ethnie rivale accusée par le FLPT de servir d’alliée au gouvernement fédéral dans ce conflit.


Quel bilan et quel rôle de la communauté internationale ?


L’intervention dans ce conflit de la communauté internationale étant catégoriquement refusée par le gouvernement Ethiopien, et plus généralement par de nombreux pays d’Afrique, qui privilégient la concertation régionale pour le règlement des conflits, il est difficile d’établir un bilan concret du nombre de victimes. Des crimes de guerre - des deux côtés de ce conflit - contre les civils ont cependant été dénoncés par des observateurs sur place. Si l’accès aux ONG est également entravé, on sait cependant que les hôpitaux de la ville de Mekele étaient débordés par l’arrivée de blessés au cours du conflit.


La réunion du Conseil de sécurité de l’ONU du 24 novembre n’a quant à elle pas permis d’établir d’accord pour une éventuelle déclaration commune sur le sujet, mais le secrétaire général des Nations unies, les États-Unis et l’Union européenne, ont appelé à un dialogue et à l’arrêt immédiat des combats.


On voit donc bien que cette guerre civile, en plus d’avoir des conséquences importantes sur la vie de centaines de milliers d’éthiopiens, pourrait avoir des conséquences d’autant plus désastreuses si une guerre avec l'Erythrée venait à se reproduire.


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