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Les causes de la guerre de 1870

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    ForumEvents
  • 24 déc. 2021
  • 8 min de lecture

Dernière mise à jour : 4 janv. 2022


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« Un peuple qui oublie son passé se condamne à le revivre » Churchill


Dès l’été 1870, des centaines de milliers de soldats partent pour une guerre qui va bouleverser l’histoire de l’Europe. Pour la France, la guerre de 1870 se soldera par la chute du Second Empire, la perte de l’Alsace Moselle et le début de la IIIème République. Du côté de l’Allemagne, la Prusse va s’unifier et ainsi donner naissance à l’Empire allemand.


L’humiliation de la France au sortir de la guerre franco-prussienne de 1870 sera d’ailleurs une raison expliquant l’engagement du pays dans la première guerre mondiale. Nous connaissons d’ores et déjà les conséquences désastreuses de cette guerre pour la France, mais nous oublions le plus souvent les causes.


Par conséquent, quelles sont les causes du conflit de 1870 ? L’analyse de ces dernières vont, dans cet article, nous permettre de comprendre les fondements de ce conflit si catastrophique pour la France.


Mouvement nationaliste, pour la création d’états nations en Europe


L’Europe du XIXème siècle est marqué par de nombreux mouvements nationalistes, le nationalisme étant pour rappel un mouvement politique revendiquant la création d’un Etat souverain en raison des liens qui unissent les individus (langue, culture…). Certains Etats réussissent à unir leur territoire, la Grèce par exemple en 1830, avec les traités de Londres ou encore les provinces belges et néerlandaises qui sont réunies en un seul Etat au cours du Congrès de Vienne de 1815. Le royaume d’Italie fut proclamé le 17 mars 1861. Pour ce qui est de l’Allemagne, une volonté de construire un État national sur les ruines du Saint-Empire romain germanique naît.


En effet, l’Allemagne en tant qu’État unifié n’existe pas encore, le territoire étant divisé en 39 Etats regroupés au sein d’une confédération germanique. Deux Etats veulent réaliser l’unité des allemands, la Prusse et l’Autriche. La Prusse propose la solution « petite Allemagne », l’unité nationale de l’Allemagne autour de la Prusse mais sans l’empire d’Autriche. L’Autriche propose la solution dite de « grande Allemagne », création d’un Etat-nation Allemand dominé par l’Autriche comprenant tous les territoires germaniques. A cet égard, nous pouvons notamment mentionner l’œuvre du philosophe allemand Johann Gottlieb Fichte qui en 1808 écrit dans son livre Discours à la nation allemande que « les Allemands, en tant que tels, n'ont pas d'histoire durant les derniers siècles […] : ils ont poussé sans avoir d'histoire », ce qui signifie que, sans unir les Etats allemands, il est impossible de créer une histoire commune.


Un pangermanisme prend donc vie, ce dernier étant une doctrine politique qui postule que tous les peuples d’origine germanique doivent être rassemblés dans un seul État. Le regroupement des peuples germaniques peut se faire sans force ni violence, par exemple dans cette dynamique qu’en 1834, une union douanière est créée, le « Zollverein » excluant toutefois l’Autriche. Cette union s’effectue entre la Prusse et une trentaine d’Etat du Nord et permit la construction d'un réseau ferré puissant et le décollage économique de l'Allemagne du Nord. La Prusse devient dès lors rapidement l'une des plus grandes puissances économiques européennes.


Précisons que l’unité allemande a déjà été un objectif recherché en 1848, mais qu’il a échoué. En effet, en 1848, le soulèvement républicain des Français à Paris contre la monarchie de Louis-Philippe I a des conséquences sur l’Allemagne du fait des manifestations qui naissent dans les États de la confédération germanique, menant à ce que le roi de Prusse Frédéric Guillaume IV envoie l'armée pour riposter. Cependant, celui-ci voyant son pays frôler la guerre civile choisit de plutôt démobiliser l'armée et de débuter une réconciliation avec le peuple prussien. Le roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV cède ainsi aux réclamations des manifestant et propose la création d'une assemblée nationale, le parlement de Francfort, ayant pour objectifs de donner plus de liberté au peuple, mais surtout d’unifier le pays et créer un État fédéral. Malgré cela, l’assemblée échoua et l’unité ne se fit pas.


Toutefois, un certain Otto Von Bismarck chancelier de Prusse en 1862, est convaincu que l’unité de l’Allemagne peut se faire mais seulement par « le fer et le sang ».


Bismarck, un conservateur bien déterminé à unifier l’Allemagne pour en faire une grande puissance.


Otto von Bismarck est nommé chancelier par Guillaume I de Hohenzollern. Celui-ci, lors de son arrivée au pouvoir décide de privilégier la force dans l’optique de créer l’unité de l’Allemagne autour de la Prusse, « Ce n'est pas par des discours et des votes de majorité que les grandes questions de notre époque seront résolues, comme on l'a cru en 1848, mais par le fer et par le sang. ».

Bismarck veut évincer l’Autriche des États Allemands et veut alors lui déclarer la guerre mais pour ce faire, il lui faut trouver un prétexte. C’est donc qu’en 1864 que Bismarck entraine l’Autriche contre le Danemark de Christian IX du Danemark qui promulgue une nouvelle constitution afin de conserver les deux duchés Schleswig et Holstein, qui risquaient en effet de sortir du giron familial à la mort de Frédéric VII de Danemark, ce dernier n'ayant pas de descendance masculine.

La Confédération germanique s'y oppose et décide d'envahir le Holstein, c’est la guerre des duchés. La Prusse et l'Autriche décident de poursuivre l'invasion dans le Schleswig. Le Danemark alors vaincu doit abandonner les deux duchés comme le précise le traité de Vienne du 30 octobre 1864. Le Danemark donne le Schleswig à la Prusse et le Holstein à l'Autriche. De plus, Bismarck intègre l'Autriche au Zollverein en 1864.

Mais pourquoi Bismarck décide-t-il de faire tous ceci, alors qu’il veut évincer l’Autriche des Etats Allemand afin d’unifier l’Allemagne ?

C’est là toute la ruse du Chancelier, car l’union avec l’Autriche, l'acquisition du Holstein par l'Autriche, son intégration au Zollverein, tout ceci n’est qu’une feinte pour « mettre en confiance l'ennemi ». En effet tout ceci n’est qu’un prétexte pour pouvoir déclarer la guerre à l'Autriche.


Ainsi, en 1866, prenant comme prétexte une mauvaise administration autrichienne des duchés danois que le Danemark cède à l’Autriche et à la Prusse qui sortent vainqueurs de la guerre des duchés en 1864, la guerre austro-prussienne commence et Bismarck déclare la guerre à l’Autriche. L’armée Autrichienne est écrasée à Sadowa le 3 juillet 1866 par la Prusse. Ainsi, l’Autriche est évincée définitivement des Etats Allemands. La Prusse renforce sa puissance en Europe en remportant cette guerre et s’agrandit, de plus la confédération germanique est dissoute lors du traité de Prague en 1866. Elle est remplacée par la Confédération de l'Allemagne du Nord en 1867 dirigé par la Prusse et gouvernée par Bismarck qui souhaite réunir également les États du Sud pour créer un nouvel Empire allemand. Mais il sait pertinemment que son projet de créer un Reich s’étendant sur toute l’Allemagne, se heurtera à l’opposition de la France…


Un trône vacant en Espagne depuis la révolution de septembre 1868 qui est source de conflit entre Prusse et France.


Après avoir vu la situation du côté de l’Allemagne, parlons maintenant de l’élément déclencheur de cette guerre, qui est la dispute autour de la succession du trône d’Espagne, un trône espagnol vacant depuis la révolution de 1868. En effet, Isabelle II d’Espagne est reine depuis 1833. La Reine et le régime monarchique lui-même étaient devenus le centre des critiques portant sur les principaux problèmes du pays, l’Espagne traversant à cette époque une grave crise économique, ayant pour conséquence une famine de grande envergure. Ainsi, un soulèvement révolutionnaire eut lieu en septembre 1868 et détrôna la reine Isabelle II, qui partit s’exiler en France à la suite de cet événement. Le trône est alors vacant, et la recherche d'un roi approprié devint plus que problématique pour les Cortes (instance représentative comparable aux États généraux français).

Bismarck propose alors la candidature au trône d’Espagne Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen, un cousin du roi de Prusse Guillaume Ier de Prusse. Cependant, la France s’oppose à cette candidature, craignait un « encerclement » Prusse lui rappelant l'empire de Charles Quint. Le roi de Prusse ne voulant pas déclencher un conflit force Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen à retirer sa candidature apaisant ainsi les tensions. Malgré cela, Napoléon III n’y croyant pas insiste et envoie Vincent Benedetti, un ambassadeur français, à Ems le 13 juillet 1870 chargé de rencontrer le roi de Prusse et d’exiger une réponse écrite, demandant alors qu’aucun membre de la famille de Hohenzollern-Sigmaringen ne se présente à nouveau au trône d’Espagne mais à cet égard, le Roi répond qu'il ne peut s'engager sur l'avenir, de cette déclaration renaissent alors les tensions entre les deux pays.


En effet, Bismarck et Napoléon III savent qu’un conflit armé Franco-Prussien est inévitable, Bismarck écrit dans son livre de souvenirs : « Je ne doutais pas de la nécessité d’une guerre franco-allemande avant de pouvoir mener à bien la construction d’une Allemagne Unie ».


Bismarck humilie la France de Napoléon III, ainsi, la guerre opposant la Prusse et la France commence.


Le roi de Prusse, afin de ne pas céder aux exigences de Napoléon III, refuse la demande de l’ambassadeur français, toutefois la situation s’apaise quand même lorsque l’ambassadeur alla saluer le roi avant son départ. Cependant, malgré cet adoucissement des relations entre la France et Bismarck, ce dernier transforme cette entrevue entre l’ambassadeur français et le roi de Prusse en une raison de commencer un conflit armé contre le régime de Napoléon III.


En effet Bismarck est plutôt bien informé de l’état de l’armée française, et il sait qu’elle n’est pas préparée. Il sait également que la France est démoralisée par son expédition désastreuse au Mexique, une expédition militaire s’étant déroulée de 1861 à 1867 ayant eu pour objectif de mettre en place au Mexique un régime favorable aux intérêts français.


Ainsi, Bismarck, comme à son habitude, use une nouvelle fois de sa ruse. Conscient de la supériorité militaire prussienne, et désireux d'unir les États allemands, il veut faire passer la France pour l’agresseur et la Prusse pour l’agressée. Autrement dit, il veut que la France déclare la guerre à la Prusse, et non l’inverse. Il écrit donc un récit tronqué, condensé de l'entretien entre Guillaume de Prusse et l'ambassadeur de France : c'est la « dépêche d'Ems ».

Bismarck laisse croire à un renvoi humiliant de l’ambassadeur français, en retirant les passages apaisants dans son écrit.


Il écrit donc : « La nouvelle du renoncement du prince héritier de Hohenzollern a été officiellement communiquée au gouvernement impérial français par le gouvernement royal espagnol. Depuis, l’ambassadeur français a encore adressé à Ems, à Sa Majesté le Roi, la demande de l’autoriser à télégraphier à Paris, que Sa Majesté le Roi, à tout jamais, s’engageait à ne plus donner son consentement si les Hohenzollern devaient revenir sur leur candidature. Sa Majesté le Roi là-dessus a refusé de recevoir encore l’ambassadeur français et lui a fait dire par l’aide de camp de service que Sa Majesté n’avait plus rien à communiquer à l’ambassadeur. ».


Dans cet écrit, nous constatons que le renoncement allemand à la couronne d'Espagne est complètement absent de la version condensée, qui est uniquement centrée sur le fait que le roi de Prusse n'a pas voulu parler à l'ambassadeur français. La France est donc humiliée. Bismarck, transforme alors cette entrevue peu cordiale en affront.Le 14 juillet 1870, le texte de Bismarck est publié dans la presse allemande. La France réagit et Bismarck a réussi son coup puisque le 19 juillet 1870, la France déclare la guerre à la Prusse malgré les ultimes avertissements d'Adolphe Thiers, député du corps législatif : « Vous n'êtes pas prêts ! » avertit-il. « Nous sommes prêts et archiprêts », rétorque le maréchal Le Bœuf, ministre de la guerre, « Il ne manque pas un bouton de guêtre », ajoute-il.


Ce 19 décembre 1870 marquera à jamais l’Europe et constituera le bloc d’alliance du XIXème. Ce même jour, la France déclare la guerre à la Prusse « d'un cœur léger » comme l’affirme alors le président du conseil Émile Ollivier. Le corps législatif français vote les crédits de guerre sous les avertissements de Thiers. Thiers ne savait pas à quel point il avait raison, car le 4 août 1870, le premier combat se solde par une lourde défaite française à Wissembourg. Les caractéristiques de cette bataille vont révéler les défauts tactiques de l’armée française dans la guerre.

Si ce conflit est un désastre pour la France, il accroît l'animosité entre Français et Allemands qui va mener à l’un des conflits les plus meurtriers de l’Histoire : la Première Guerre mondiale.



Tanguy Baudu


 
 
 

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