Romain Gary, le seul homme ayant raflé deux fois le prix Goncourt
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- 14 déc. 2021
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Le prix Goncourt est non seulement l’un des prix les plus prestigieux, mais il est aussi le prix le plus ancien, dans la littérature française. Chaque année, au début du mois de novembre, un auteur se voit décerner le fameux prix, pour l’un de ses « ouvrages en prose ». Ce prix est donc exceptionnel dans la vie d’un écrivain : on le lui attribue pour saluer ses efforts et les mérites de ses écrits. Parmi ces écrivains, on trouve par exemple Proust, avec son célèbre livre À l’ombre des jeunes filles en fleurs. Depuis 1903, nombreux sont les auteurs à en être récompensés. Mais les règles sont simples et strictes : un auteur récompensé ne peut l’être de nouveau. Le sacre ne se produit donc qu’une seule fois dans une vie.
Mais, comme il y a toujours une exception qui confirme la règle, un auteur a réussi à contourner cette règle, en raflant deux prix Goncourt au cours de sa carrière. Et cet auteur, c’est Romain Gary.
Romain Gary, de son vrai nom Romain Kacew, est né en 1914, dans l’Empire Russe. Il est très attaché à ses identités russes et polonaises, mais aussi et surtout, à son identité française, qu’il ne s’approprie que plus tard, lorsqu’il déménage en France avec sa mère. Il voue à la France un profond respect et un amour intense, fortement appuyé par sa mère. Sa mère est d’ailleurs le pilier central de sa vie, lui déversant tout son amour, amour parfois étouffant pour le jeune Gary.
Il va donc arriver en France à 14 ans, et va faire des études de droit. Cependant, au même moment, une des plus grosses tragédies du 20ème siècle se déroule : la Seconde Guerre mondiale. À l’appel du général De Gaulle, le 18 juin, il va donc prendre la décision de s’engager dans la résistance, aux côtés de nombreux autres français. Mais Romain Gary ne s’arrête pas là, puisqu’il entame aussi une carrière de diplomate français, après la guerre.
Concernant sa carrière littéraire, c’est en 1954 qu’elle débute réellement, avec son roman Éducation européenne, qui lui permet de se distinguer. Il va publier plusieurs romans, mais c’est Les Racines du ciel qui va être récompensé par un prix Goncourt, en 1956. Il va donc se consacrer de plus en plus à l’écriture, tout en abordant des thèmes indissociables de la vie, comme la vieillesse ou la mort, mais aussi la Seconde Guerre mondiale, et la complexité de l’homme.
Malgré une carrière d’écrivain lancée et florissante, Romain Gary va aussi user de nombreux autres pseudonymes pour écrire. L’un d’eux est Émile Ajar. Il va signer sous ce nom de nombreux romans, mais l’un de ces derniers va particulièrement attirer l’attention, puisqu’il va être récompensé par le comité du prix Goncourt. C’est ainsi qu’il gagne une seconde fois le prix Goncourt, avec La vie devant soi, en 1975. Évidemment, personne ne pouvait se douter de la supercherie à l’époque, et le prix lui a été innocemment décerné.
Cet écrivain mystérieux, qui gagne le célèbre prix, suscite l’intérêt du monde littéraire et des lecteurs, avides de savoir qui se cache derrière ce nom. Pourtant, à peine trois jours après l’annonce, Romain Gary refuse le prix.
Pour maquiller sa duperie il va donc élaborer un stratagème pointilleux, afin de donner vie à Émile Ajar. C’est son petit cousin, Paul Pavlowitch qui va incarner l’auteur à succès. Romain Gary va complètement façonner Émile Ajar, en le présentant comme un Français exilé en Amérique du Sud, car il aura commis un avortement mortel. Seulement cinq personnes en tout et pour tout sont dans la confidence. Cependant, Pavlowitch, qui n’était que la coquille d’Émile Ajar, sort peu à peu des cases imposées par son oncle, et la supercherie va être découverte.
Mais cela ne va pas déstabiliser Romain Gary, qui continue de nier les accusations en rédigeant une lettre où il stipule expressément qu’il n’est pas Émile Ajar. D’un autre côté, la relation entre l’oncle et le cousin se détériore, car des tensions naissent.
Romain Gary se suicide en 1980 : acte final.
Après avoir déjeuné avec son éditeur, il rentre chez lui et se suicide en emportant avec lui son secret. Mais quelques mois plus tard, Paul Pavlowitch décide d’avouer la vérité alors même que ce rôle revenait au fils de Gary. C’est dans l’émission Apostrophes qu’il fait tomber les masques, avant de raconter l’histoire dans un livre L’Homme que l’on croyait.
Ainsi se termine l’incroyable histoire des deux prix Goncourt dans la littérature française. Une histoire unique et exceptionnelle, qui ne se reproduira probablement pas de sitôt.
Gallina Placid




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